Surcharge de travail : que faire?

La surcharge de travail pourrait bien être la prochaine « bombe à retardement » des risques psycho-sociaux[1]. Tout le monde est concerné : les salariés du secteur privé, du public, les universitaires comme les médecins, les mères de famille actives qui cumulent un emploi et la gestion de la famille. Même les retraités se plaignent aujourd’hui – avec une certaine malice – d’avoir « un agenda de ministre ».

Comment faire face à l’avalanche des tâches, des sollicitations multiples et des dossiers qui s’empilent ?
Il faut « mieux s’organiser » disent les uns. Il faut résister individuellement ou collectivement, disent les autres. Il faut redéfinir nos objectifs disent les troisièmes.
 
Et vous ? Faites-nous partager votre expérience, vos idées. Racontez comment la surcharge de travail se manifeste dans votre travail ou votre organisation, et surtout quelles solutions vous expérimentez pour tenter de faire face.
 

[1] « Surcharge de travail, la bombe à retardement », Les Échos, 24 février 2013.

 

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Commentaires

Grande enseigne de sport : résister ou s’enfuir…

J’ai travaillé trois ans dans un grand magasin qui vend des articles de sport (on ne va pas dire le nom…). Cette marque se prévaut de faire partie des entreprises où il faut bon travailler. Au début, j’étais content de pouvoir entrer dans cette boite qui avait une bonne image de marque et était associée aux loisirs et à la détente… L’ambiance avec les collègues était très bonne. Tous étaient jeunes, sportifs, plutôt sympas et partageaient les valeurs de l’entreprise. 

Mais j’ai vite compris que rentrer dans cette boite, c’était rentrer dans une secte où il fallait se dévouer corps et âme : plus de 50h par semaine pour un salaire de 35 heures ! Sans parler des nuits (pendant les inventaires). Voilà le quotidien du chef de rayon : il faut ouvrir les cartons, porter des marchandises, les mettre en rayons, répondre aux clients, vérifier les stocks. Tout doit se faire au pas de charge et en continu, à flux tendu comme on dit. Il n’y a jamais de temps mort ou de repos (surtout pas le week-end) et donc pas de vie à côté.

Alors concrètement, comment on fait pour baisser la charge quand on est devenu un forçat ? La première idée que j’ai eue est d’aller voir le manager pour réclamer qu’on respecte les horaires légaux : autant vouloir décrocher la lune ! Réponse du directeur de magasin : « mais c’est à vous de vous organiser pour faire le boulot autrement. Pour aller plus vite. Je n’oblige personne à passer sa vie dans le magasin »… En fait, il n’y a pas d’horaire fixe pour les cadres « au forfait jour ». Cela veut dire qu’on ne pointe pas, l’essentiel est que le travail soit fait.

Évidemment, personne ne peut envisager de finir sa journée en laissant un rayon à moitié vide, donc il faut toujours finir pour que le lendemain, les rayons soient achalandés. Résultat, on fait des journées à rallonge.

Que faire d’autre ? Se syndiquer ? Ce n’était pas dans la culture maison.

Ma solution ? J’ai quitté la boite au bout de trois ans ! Comme la plupart des autres d’ailleurs. Le turnover est d’ailleurs très important. J’ai compris pourquoi les perspectives de promotion annoncée à l’entrée n’étaient pas des vains mots : « si tu bosses bien, tu peux devenir chef de rayon, manager »... il y a effectivement des places à prendre, parce que beaucoup se sauvent dès qu’ils peuvent…

C’est ce que j’ai finalement fait moi aussi. Voilà comment j’ai réduit ma charge de travail…

bravo pour votre courage

Félicitations d'avoir quitté cet employeur dangereux pour votre santé. J'espère que depuis vous avez trouvé une nouvelle situation professionnelle vous permettant de vivre correctement.

Très facile d'utiliser abusivement le système de forfait jour des cadres en fixant des objectifs ou des missions irréalisables dans un temps acceptable. Comme vous le dites, pas de limites horaires définies pour ce régime de travail (encore que le droit du travail prévoie des durées maximales). Certains employeurs en profitent ;-(

Rentabilité économique... ! C'est en gros tout ce qui était attendu de votre "travail", si on peut appeler cela un travail.

Mère de famille et cadre : l’art des to do list

J’ai 43 ans, je suis mariée trois enfants (7, 9 et 13 ans) + 1  (mon mari 45 ans, un autre enfant à charge). Je suis directrice du personnel dans une CAF… et franchement, mener de front une carrière, les enfants et, si possible, une vie de couple épanouie, etc. c’est pas facile. L’image de la « superwoman » parfaite n’est pas toujours au rendez-vous !

Il y a bien longtemps que j’ai laissé tomber les lectures d’étudiante (Proust, Steinbeck et Yourcenar) pour feuilleter en vitesse les magazines féminins où je cherche désespérément des trucs pour tout assurer de front (mais comment font les autres ?). Pour mes 40 ans, un collègue m’a offert Conseils avisés pour femmes ambitieuses, de Mrs Moneypenny. Ce cadeau était une farce (enfin j’espère !), mais il est quand même sur ma table de nuit. Il y a des énormités dans ce livre du genre : « prenez le taxi plutôt que le métro ou le bus, vous pourrez téléphoner en même temps ; le mieux est encore d’avoir une voiture avec chauffeur » (sic !). Mais on trouve ça et là de bons conseils : par exemple sur l’art de à dire non. J’ai compris que ce n’est pas aussi dur que je le croyais. Par exemple, si on ne sait pas dire non à son chef, son collègue, son subalterne, son mari ou sa sœur, qui tous vous demandent de l’aide et vous appellent au secours… ce n’est pas parce que c’est impossible de le faire (le monde ne va pas s’effondrer), c’est qu’on ne veut pas décevoir, qu’on cherche à coller à l’image de la fille modèle, de l’employée modèle, de la femme modèle… En fait, c’est le sentiment de culpabilité qui nous guide. Cette Mrs Moneypenny (c’est un pseudo !), montre que le sentiment de culpabilité nous colle à la peau, qu’on ne peut pas s’en débarrasser, mais qu’on peut vivre avec et le contenir avec des exercices pratiques.

Un autre livre qui m’a bien intéressé est celui de Sioux Berger, To-do list pour bien m’organiser. J’y ai trouvé de bonnes astuces pour ne pas me laisser submerger. Par exemple, la règle « un objet chasse l’autre ». Un magazine nouveau amené à la maison avant d’être posé sur un meuble, il doit en « chasser un autre » qui doit finir à la poubelle, être donné, etc.  Du coup, maintenant, avant d’ouvrir mes mails, je me force à répondre à un mail en attente. Donc, un mail chasse l’autre. J’évite ainsi de me faire submerger par des piles de magazines, de mails, de linge, de bibelots qui trainent. C’est super efficace et on peut transposer à des tas d’autres activités. 

La loi des 20/80 et celle des 15/45

Jérémy R.

Tout le monde a entendu parler de la loi des 20/80. Cette loi affirme que dans l’exécution d’un travail, l’essentiel se fait en 20 % du temps et le reste prend les autres 80 %. Par exemple pour ma thèse, j’ai passé 3 ans pour écrire l’introduction et le premier chapitre (20 % du travail) et sous la pression, j’ai dû conclure (les cinq autres chapitres) en trois mois et sous pression ! J’ai suivi la loi du 20/80 à l’envers…

Pour moi, la loi des 20/80 signifie que le temps vraiment efficace dans une journée, une semaine, une année de travail est en fait assez réduit. Prenez une réunion par exemple, les choses essentielles sont dites en peu de temps, tout le reste est bavardage, digressions, détentes et considérations annexes. Quand on a compris cela, on cherche à se concentrer sur ces 20 % efficaces. Il ne s’agit pas de travailler toujours à ce même rythme (c’est impossible), mais cela conduit au contraire à mieux gérer les 80 % du temps restant. C’est celui où on avance au ralenti, on fait des diversions, on ne maitrise plus son temps. C’était le cas au début de ma thèse où je consacrais beaucoup de temps pour lire, à faire des brouillons, mais aussi me plonger dans des explorations inutiles, remettre toujours à plus tard le passage des brouillons en paragraphes, les paragraphes en chapitres. En fait, j’avais le sentiment de travailler pendant ce temps-là, mais c’était du travail mal géré (on peut prendre tout son temps pour lire dans le détail et imaginer qu’après, il n’y aura plus qu’à rédiger). Si on ne se fixe pas des limites pour chaque activité (lire un document, faire une synthèse sous forme exploitable), le travail va s’étaler sans fin. En fait on fait semblant de travailler. C’est ainsi que l’on consume ses 80 % de temps, que l’on travaille sans être vraiment efficace. Quand on a appris à travailler efficacement, sur des séquences de temps qui sont toujours courtes – 45 minutes en moyenne – avec des objectifs précis et sans autre distraction, alors on avance beaucoup plus vite. La charge de travail ne diminue pas (il faut toujours rédiger sa thèse). Mais le temps pour l’exécuter : oui !

D'accord avec votre conseil

romaric

Je crois que votre conseil de se fixer des tâches à exécuter et à les planifier sur une durée limitée est efficace. Cela dit, j'ai tendance à procrastiner et je n'ai pas encore réussi à appliquer cette idée. Heureusement, je suis très efficace en peu de temps, sous l'effet de la pression et l'approche de la deadline !

astuces pour gagner du temps

Reynald

Olivier Roland, qui se présente comme un « blogueur pro » (il vit des revenus générés par ses activités sur le net, a eu la bonne idée de recueillir les témoignages de 104 blogueurs et de les rassembler dans un livre libre de droit ; Les astuces pour gagner du temps, On y trouve une masse d’astuces en tout genre : comme celle de ce blogueur et de la banlieue parisienne qui à gagne un 1 h30 de temps de transport par jour en troquant sa voiture contre un scooter à trois roues, cet autre qui suggère d’arrêter de regarder la télévision et à gagner trois heures par jour ou celui qui a négocier le télétravail. 

http://www.votreassistante.net/wp-content/uploads/2013/04/Votre-meilleure-astuce-pour-gagner-du-temps.pdf

Entre "De la Servitude Moderne" et "Les Temps Modernes"

Alexandre

 

Voici un texte que j'ai écris à mon Patron et Ami Philippe W. pour qu'il comprenne doucement ce que je considère comme une aliénation....

 

Texte écrit entre 01H30 et  4h09 le vendredi 5 septembre 2014 à St Hilaire du Touvet – Les Grandes Cités.

 

Le boulot que je fais ne me plait pas lorsque je sens au fond de moi que  l’aliénation se rapproche et devient trop proche de moi.

 

La Routine, Oui mais…

Lorsque l’usine et le travail à la chaine guette. Que les cadences infernales prennent le pas sur le quotidien, il y a pour chacun de nous un malaise qui s’installe : Il est alors GRAND TEMPS de ralentir et de prendre du recul !

 

Tôt au tard la rentabilité s’effondrera. Le déséquilibre s’installera et/ou la maladie guettera.

C’est inexorable, plus ou moins rapide, plus ou moins fort,  tout dépend de la tolérance et de la résistance de l’individu au changement.

Tout dépend du Comment il a été sélectionné, de comment il a été formé et ensuite entrainé à résister à la dégradation de sa qualité de vie et de sa dignité (cf films « Baraka » (1992) de Ron Fricke et « De La Servitude Moderne » (2009) de Jean-François Brient).

 

N’importe qui, toi, moi, savons que lorsque les conditions de travail se dégradent, que la cadence augmente, que cela commence à devenir ridicule, fatiguant, astreignant, qu’il y a une perte de sens, une de perte de temps, une baisse de la qualité du produit fini, une augmentation du risque client, on passe aussitôt par un sentiment profond de perdre sa vie à essayer de la gagner

 

On ne peut empêcher ce sentiment de s’installer.  Changer de vie ? Fuir ? Oui mais où ? et comment ?

Drogue ? Alcool ? Médicaments ?

 Un sentiment d’être abusé par le Système. Un système devenu insoutenable et insupportable (cf film « Les Temps Modernes » (1936) de Charly Chaplin).

 

Un système malade de vitesse, avide de pognon et qui n’a rien à faire de nos vies et de nos envies vraies et légitimes : De notre besoin primitif de liberté.

 

Il ni a plus rien de Naturel là-dedans : Bin oui normal, C’est pas naturel ! 

Le terme d’Aliénation au travail  vient du travail à la chaine, d’un enfermement dans des routines devenues plus qu’artificielles. Tout devient Millimétrée, mesurée, cadencée, chronométrée… tout ces termes aujourd’hui utilisés pour nous imposer l’insupportable rôle d’Homme-Machine (un Robot sans état d’âme) que l’on remplace de toute façon inexorablement par des machines plus dociles et rentables que l’âme des gens…. Ici pas d’état d’âme justement.

Un plan de financement, une durée d’amortissement définie, un plan d’entretien et de maintenance préventive, des upgrades et basta !

 

Il NE PEUT Y AVOIR  DE BONHEUR dans cette rythmique imposée par l’homme à l’homme…  

 

Après les longues périodes (in)humaines d’esclavage de l’Homme par Homme. Faits Insupportables.

Ces nouveaux rythmes imposés sont en train, désormais, de faire revenir à la mode une sorte d’esclavage moderne de l’homme par l’homme au service de la machine…  (cf livre « l’Homme-Machine » + cf  livre « Les Luddites en France »)).

 

Extrait http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=509 )

Progrès… Il y a urgence en effet, tant ce terme falsifié et manipulatoire est devenu odieux à une part croissante de la société, à force de signifier et de couvrir depuis deux siècles le contraire de son acception courante - destruction et pillage de la nature, incarcération de l'homme-machine dans un monde-machine en pilotage automatique, dégradation du rapport de force entre la classe de pouvoir et la masse des sans-pouvoirs.

Alexandre P.

 

enseignement en CFA

Marie B.

J'aime beaucoup mon métier mais il a complètement changé tant par son public que par ceux qui nous administrent. Les jeunes aujourd'hui, dans les milieux peu favorisés, sont des adeptes de la zapette à tous les niveaux. Leur attention est digne d'un enfant de primaire, leur curiosité de plus en plus réduite et la valeur qu'ils mettent dans le travail est anéantie. Nous essayons de les "élever" intelectuellement car il est important d'être capable de comprendre et de développer un esprit critique.Cet aspect de l'éducation ne semble pas être le dada de nos élus car un peuple idiot est manipulable. Nous déployons une énergie empreinte d'une grande foi mais pour quel résultat? Aujourd'hui un jeune en Bac Pro a un niveau lamentable à sa sortie, la faute à un système en déconfiture, à un dénigrement des enseignants et de leur travail.Avec les réformes, l'enseignant en milieu professionnel fait tout de A à Z : il conçoit ses cours, les anime, se forme à des méthodes actives comme le tableau blanc interactif, corrige les évaluations, conçoit les sujets de CCF, surveille les CCF, corrige les CCF (Contrôles en Cours de Formation) et enregistre les notes, établit le Pv d'examen et remet les copies gardées 5 ans ... un accroissement des charges de travail car  ce n'est pas les seules missions d'un enseignement de CFA ... pas moins de 35h /semaine plutôt 40 car 22 classes et une annualisation du temps de travail, le tout pour un salaire en inadéquation avec les compétences requises et en aucun cas des vacances équivalentes à l'éducation nationale.Mais quelle reconnaissance? Aucune . Il faut vraiment les aimer ces jeunes pour continuer dans ce métier...

diversifier ses activités

Les gens autour de moi me disent souvent que travailler deux jours par semaine ce n'est pas travailler comme si mon emploi n'avait aucune valeur ! Au contraire je pense que j'ai fait le choix de diversifier mon activité pour réduire mon temps de travail ! certes à moins travailler on gagne moins mais est ce que la valeur du temps peut se négocier ? J'ai la chance d'être dans une entreprise qui a accepté que mon temps de présence dans la semaine soit de 13h ! Qu'est ce qu'on fait en 13h ? des choses pas intéressantes ? pas du tout, parce qu'avec le passage aux 35h et les pointeuses c'est un avantage pour les salariés enfin pour moi... l'activité de l'entreprise varie selon les périodes de l'année et j'ai la chance de pouvoir gérer ce temps, à savoir que je viens plus quand l'avtivité est forte et moins quand l'activité est faible, la pointeuse permet de vérifier les temps de travail et la confiance réciproque entre mon employeur et moi n'est pas remise en cause, je ne culpabilise pas de quitter à 14h quand je sais que la semaine suivante je peux doubler mon temps de travail. Le choix de 13h semaine soit deux jours s'est fait par obligation au départ car mon mari travaillait à Paris toute la semaine, j'étais seule avec trois enfants, et je m'engageais politiquement pour ma commune. 6 ans après je ne regrette rien, je continue un deuxième mandat en tant qu'adjointe au maire, je m'engage aussi pour la communauté de commune plusieurs activités qui me permette de diversifier mes tâches et donc le plaisir de travailler. Je ne dis pas que tout est simple car parfois tout arrive en même temps les périodes plus chargées au bureau, les réunions qui s'enchainent mais j'avoue que parfois je suis plus efficace dans la surcharge car je dois forcémenent tout anticiper pour le travail, pour la mairie, pour la maison, pour moi...